Bien mieux avec mon animal - Pour mieux les aimer, apprenez à les comprendre
Témoignage
 
 
Un cheval,
une vie 
 
 
 
Quand un cheval prend la parole pour raconter sa vie, on aurait envie de les sauver tous et de leur offrir le destin qu’ils méritent.
 
 
Je suis né le 31 Janvier 2004 dans une écurie, sous le nom de Jassneyeve. Très jeune, je fus séparé de ma mère et emmené dans un lieu nommé Carrère pour apprendre à courir, à galoper le plus vite possible sur un champ de courses...
Mais je n'étais pas excellent, et je me suis même blessé à une jambe. Alors, après guérison, mon éleveur dans un but de revente, a décidé de me faire apprendre le travail de club.
 
C'est à cette période, je devais avoir environ deux ans, que j'ai rencontré Stéphanie. Un tout petit bout de femme, monitrice d'équitation, qui m'a tout appris. A trotter, à galoper calmement cette fois, à marcher au pas, à tourner en rond au bout d'une longe, à sauter des barres... Bref, la complète panoplie du gentil cheval de club pouvant porter sur son dos des cavaliers de différents niveaux et âges...
 
Avec Stéphanie nous avions une complicité, elle s'est occupée de moi durant deux ans. Nous avons même eu un "accident' ensemble : Un camion est passé à grande vitesse sur la route de Carrère où nous nous promenions, et m'a touché ! Je n'ai pas été blessé et n'ai eu que des éraflures, et ma cavalière non plus fort heureusement.
 
Mais voilà qu'en été 2007, Stéphanie quitte le club où mon éleveur avait prévu de me vendre ! Ma situation est restée floue durant quelques mois ; un adolescent voulait m'acheter mais s'est finalement rétracté... Excédé de ne pouvoir rentrer immédiatement dans ses fonds, mon éleveur commença à dire qu'il allait me vendre à la boucherie au prix du kilo de viande !! Au secours ! Pourquoi ??!!
 
J'étais pourtant bien dressé. Certes j'étais jeune, mais gentil, ce qui n'est pas le cas de certains de mes congénères du même âge...! J'avais été blessé, mais c'était réparé et n'en gardais aucune séquelle... Alors pourquoi ??!! Oui, c'est vrai, j'avais aussi ce petit défaut de "tiquer à l'appui"... C'est un tic nerveux : Je pose mes dents sur une barre ou une porte, et aspire l'air... Ce n'est pas dangereux, sauf pour ma propre santé...
 
 
Heureusement pour moi, cet été là, deux filles traînaient souvent dans les écuries du club... Elles m'ont vu, m'ont pris en pitié, m'ont aimé, et après mûres réflexions (car acquérir un cheval n'est pas une mince affaire) m'ont acheté ! Elles m'ont re-baptisé Jessy Blue, (dit Jessy).
 
Pour soulager ma charge de nouveau cheval de club, elles m'ont mis en demi pension. Ce qui signifie que par rapport à un cheval de club "au pair" j'avais moitié moins d'heures de monte à assurer.
Mes nouvelles propriétaires venaient souvent me rendre visite, m'apportaient chaque jour de l'herbe fraîche et des friandises (pain, carottes, pommes, etc.) Nous faisions des balades à pied ensemble, elles marchaient à mes côtés et je les suivais comme un chien, j'avais confiance en elles.
Parfois on pique-niquait ensemble dans le cross du club : elles, assises par terre, moi qui broutais tranquillement à côté. Elles me sortaient tous les jours du boxe, et soignaient tous mes petits bobos. Elles entretenaient mes sabots et ma robe quotidiennement, tout le monde dans le club disait que j'étais gâté ! Je crois même que certains de mes congénères étaient jaloux !...
Elles nettoyaient ma litière elles-même lorsqu'elle était trop sale et ne me montaient que les jours où je n'avais pas travaillé pour le club...
 
Mais ce travail de club, justement, si au départ tout allait bien, au bout d'un an j'ai commencé à en avoir marre ! Marre par dessus tout de sauter des barres tous les jours  !! Vous savez, à force cela abîme nos pieds et nos tendons à nous chevaux, et je ne vous parle même pas de notre dos lorsque le cavalier moyen nous retombe lourdement dessus !! J'ai alors commencé à refuser de sauter les barres !... Les moniteurs ont commencé à me traiter de fainéant, lors que j'étais simplement saturé !
 
 
Mes propriétaires, qui aiment les animaux pour ce qu'ils sont :
des êtres vivants, sensibles, et émotifs, n'appréciaient pas de me voir ainsi poussé dans le forcing par l'équipe dirigeante du club.
En décembre 2008 donc, elles ont pris la décision de me mettre en pension à partir de janvier 2009. La pension est le statut de cheval de propriétaire. Cela veut dire que je suis nourri, logé au club, mais ne suis plus monté par les élèves de ce club, seulement par mes propriétaires. Bien sûr, elles paient plus cher pour cela : Puisque je ne travaillait plus pour le club, elles payaient la différence, soit le double de la demi-pension.
 
A Noël, j'ai eu des guêtres de transport ! Sorte de grandes chaussettes rembourrées qui montent jusqu'aux cuisses et protègent durant le voyage. On parlait de m'emmener à la plage, et en balade en dehors du club, le rêve !
 
 
 
Le 27 Décembre 2008, je pensais encore être chanceux car une de mes proprios est venue me sortir au pré dès le matin. Elle est restée avec moi à me tenir compagnie et à me prendre en photo. J'ai même eu mon repas à l'extérieur, puis elle m'a laissé pour revenir me rentrer le soir.
Seulement, lorsqu'elles sont revenues toutes deux, j'avais très mal au ventre ... Je faisais ce que font beaucoup de mes congénères chevaux, une colique !
Lorsqu'elles m'ont attaché à la douche pour me rafraîchir, j'ai gratté le sol pour leur faire comprendre que quelque chose n'allait pas... Mais elles n'ont pas compris.
Dans le boxe, je me suis de suite roulé pour tenter de soulager cette horrible douleur ! Mais rien à faire ! Là, mes maîtresses ont enfin compris que quelque chose clochait ! Elles m'ont fait me relever (je ne voulais pas) et m'ont fait marcher, marcher, marcher...  Lors d'une colique normale, ça s'améliore ou passe en marchant, mais j'avais toujours mal et tenais à peine sur mes jambes ! Je suis tombé plusieurs fois, me roulant encore mais rien n'y faisait... Tenu en longe par mes propriétaires j'ai marché, encore et encore presque jusqu'à l'épuisement.
On m'a fait des piqûres qui n'ont rien soulagé. La vétérinaire a fait tous les examens possibles, prélèvements, touchés et autres, et a conclu à une affection grave, inopérable ! Une torsion d'intestin !
Puisqu'aucune clinique n'est équipée pour ce genre d'opération en Martinique, ma colique était donc fatale !
La vétérinaire m'a anesthésié, je me suis endormi sur le sable de la carrière du club où j'avais tant travaillé.
J'étais si fatigué, j'avais si mal ! Quel soulagement ce sommeil ! Et durant ce repos, mes maîtresses ont décidé d'abréger mes souffrances, attendre n'aurait rien changé, alors je me suis définitivement endormi dans la demi-heure qui a suivi...
 
Je n'aurai jamais connu le bonheur de la pension, ni la joie de partir en balade à la plage... Mais ce dernier acte, si déchirant qu'il soit, qu'ont fait mes maîtresses pour moi ce 27 décembre 2008 aura été leur plus beau cadeau : la délivrance !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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