Métier : comportementaliste canin
SOS : mon chien
n’en fait
qu’à sa tête
Sébastien Olaïzola-Guirriec se déplace au domicile
des gens qui ont un problème… avec leur chien.
Il a vécu en Martinique quelques années et sa vision
d’éducateur canin-comportementaliste
nous permet de mieux comprendre notre relation
avec nos amis canins.
Un comportementaliste canin, c’est quoi ?
L’éducateur canin-comportementaliste se base
sur l’éthologie, une science qui étudie le comportement animal.
Le comportementaliste peut aussi être un éducateur canin :
après la première phase d’observation du chien,
l’éducateur prend alors le relais en montrant au maître
comment manipuler le chien.
Ce qui nécessite quelques séances d’éducation.
L'éthologie moderne est l’étude des comportements communs
à une espèce, indépendants de l’apprentissage par imitation
entre congénères, de ceux de la même espèce.
Elle est inspirée notamment par les travaux de Konrad Lorenz, Nicolaas Tinbergen et Karl Von Frisch
(qui reçurent le prix Nobel de médecine en 1973).
Il faut de plus inclure dans cette signification,
l’étude comportementale des êtres humains
et des relations homme-animal.
Mon chien a-t'il besoin d’un psy ?
Le comportementaliste canin est souvent appelé en urgence,
quand on est débordé par un animal dont on ne sait plus
comment venir à bout. « Le chien saute sur les gens,
détruit tout dans le jardin… que faire ? ».
En Martinique, ce sont souvent des femmes, excédées,
qui appellent au secours, des spécialistes remarque
Sébastien Olaïzola-Guirriec, éducateur canin-comportementaliste.
Ce sont elles qui côtoient l’animal au quotidien,
alors qu’il a souvent été amené au domicile
par leur mari. Mais celui-ci, après avoir tenté
de s’imposer auprès du chien par la crainte,
a jeté l’éponge. « Si les maris sont réticents
au départ à un travail différent avec l’animal,
lorsqu’ils voient les progrès réalisés par le chien
et qu’il se met à obéir davantage à leur femme,
ils finissent par s’impliquer… ! ».
Tout d’abord, le comportementaliste-canin est là
pour rassurer les maîtres désemparés.
Il leur explique que le comportement de l’animal
est normal, qu’un chien déborde d’énergie
et a souvent un grand besoin de se dépenser
physiquement, surtout s’ils restent attachés toute la journée.
Ils cherchent le contact physique avec leur maître.
« Et lorsqu’ils restent seuls trop longtemps,
ils cherchent leur maître en déterrant les plantes
qu’il a plantées, s’appropriant ses chaussures… »
Un discours qui rassure,dans un premier temps.
Toutefois, si ce comportement est normal pour un chien,
pour les maîtres, il est indésirable.
A partir de là l’éducateur canin-comportementaliste
va tenter de faire revenir l’harmonie dans la relation
homme-chien.
Faites confiance à votre animal
« Certains propriétaires canins m’appellent pour me demander
si leur chien les mordront un jour », raconte Sébastien Olaïzola-Guirriec. Une méfiance paradoxale, surtout lorsqu’on sait que l’éducation canine est basée sur la confiance :
« Le maître et son chien doivent former une équipe,
un partenariat », insiste-t-il. Pour cela, il vous faudra
apprendre « la langue canine » et essayer de comprendre
« qui » est votre chien.
Donnez-lui de votre temps
Certains maîtres pensent qu’un jardin devrait suffire à leur chien,
en réalité, être tout seul dans le jardin ne l’intéresse pas.
Il préfèrera de beaucoup un maître, qui lui consacre du temps. Adopter un chien lorsqu’on vit en appartement est donc parfois préférable et c’est souvent le gage d’avoir un chien plus sociabilisé.
En tous cas, il vaut mieux, pour tout le monde, prendre un chien uniquement si vous êtes certains de pouvoir vous en occuper.
Lorsque vous aurez décidé d’adopter votre chien, pour l’accueillir
au mieux dans votre famille, essayez de prendre 15 jours de congés pour préparer votre chien à l’obéissance, au milieu.
Sinon, occupez-vous en avant de partir le matin au minimum 1/4 d’heure et 1/2 heure le soir. Votre chien s’adaptera rapidement
à ce rituel avec son maître et patientera en attendant votre retour. Consacrez-lui au moins une heure le week-end, c’est préférable.
Sortez-le de chez lui !
Le caractère intrinsèque du chien
se révèle vers six mois mais
c’est avant que se joue l’éducation canine. De 5 à 12 semaines, votre chiot
est dans sa phase de socialisation
intra-spécifique, c’est-à-dire qu’il fait connaissance avec ses frères et sœurs
et sa mère. S’il atterrit chez vous à cet âge,
il faudra que vous, son maître vous le sortiez de son univers.
Il ne doit pas s’imaginer que son monde s’arrête aux portes
de l’appartement ou du jardin et que vous êtes le seul
être humain au monde…
Affronter l’extérieur et ses divers stimulis (bruits, circulation,
rencontre d’autres êtres humains que son maître, etc.) est indispensable à sa sociabilisation future et lui évitera le problème
de comportement canin le plus fréquent en Martinique :
le syndrome « de privation sensorielle », dit aussi « du chenil ».
Il définit le chien craintif, parfois agressif. Le chien craintif
va bouger constamment, regarder tout autour de lui : car il lui est vital de savoir ce qui se passe autour de lui. Il n’aura ce comportement qu’à l’extérieur de chez lui. C’est un bon gardien.
Mais si vous le sortez en laisse, il vous tirera dans toutes les directions, au moment où vous vous y attendez le moins, pour s’éloigner, le plus rapidement possible, de ce qui motive sa crainte.
S’il panique, faites-le asseoir
Il est vrai qu’en Martinique, il est encore peu habituel de promener
son chien en laisse : peu d’endroits sont autorisés, et souvent
les gens changent de trottoir en vous voyant arriver avec un chien, même tenu en laisse, surtout s’il est impressionnant.
Mais ces sorties sont à effectuer le plus tôt possible dans la vie
du chien si vous voulez qu’il se stabilise.
Elles lui permettront d’observer et de s’imprégner de situations différentes, s’y habituer et de tenter de s’y adapter. Promenez-le en laisse (pour garder le contrôle), éventuellement muselé s’il est déjà adulte et de grande taille, pour ne pas impressionner les passants. Faites des pauses aux abri-bus, dans les stations-services, emmenez-le sur des places fréquentées comme la Savane
à Fort-de-France… Votre chien s’habituera à voir d’autres personnes, des enfants, d’autres chiens, regarder passer voiture, vélo ou joggeurs sans leur courir après.
Si votre chien est particulièrement craintif, faites-le asseoir
lorsque vous sentez qu’il veut fuir (à l’approche d’une autre
personne, pour courir vers un autre chien…), votre présence
à ses côtés, le stabilisera progressivement.
Il n’est jamais trop tard
Les clients canins de Sébastien Olaïzola-Guirriec ont de 4 mois
à 7/8 ans, en ce qui concerne l’éducation de base.
A plus de 5 ans, il peut encore aider à améliorer leur comportement, lorsque des erreurs ont été commises.
« Les attentes de chacun sont personnelles, note Sébastien Olaïzola-Guirriec. Ce que je conseille en revanche pour tous les chiens, surtout s’ils sont amenés à peser plus de 30 kilos ou s’ils font partie des races de défense ou d’attaque, de leur donner une éducation de base : marcher en laisse, « assis », « couché », « pas bouger », croiser un autre chien, le rappel. C’est un peu comme apprendre à conduire : il vaut mieux commencer avec un éducateur canin,
ensuite il faudra refaire les exercices avec votre chien, régulièrement. » Vos efforts seront récompensés :
on a le chien que l’on mérite.
Quel chien vous conviendra le mieux ?
Se renseigner sur le caractère des parents du chiot
que vous allez adopter. L’idéal est d’acquérir un chien
dont les parents ont déjà travaillé, plutôt mordeur, qu’il soit calme
ou énergique. Ne jamais acheter un chien dans une animalerie :
vous ne pourriez pas connaître la lignée de votre chiot.
Que l’on choisisse son chien adulte dans un refuge
ou chiot chez un éleveur, pour ne pas être déçu, le mieux
est de choisir un chien qui correspond à ses attentes.
Si on est absent dans la journée, éviter de prendre
un chien trop énergique.
Si vous voulez un chien de garde, même un petit chien peut faire l’affaire : il alertera parfois même mieux qu’un gros.
Il compense en effet sa petite taille par une vue et une ouie accrue.
Si vous préférez un gros chien de garde, sachez que les
Bergers malinois, beaucerons et dobermans sont des chiens « sportifs, qui ont besoin de dépenser leur énergie.
A vous donc les grandes balades et même pourquoi pas,
les courses avec votre chien.
Ce sont également des chiens très à l’écoute et doués pour la garde.
Si vous préférez les chiens plus tranquilles, optez pour un dogue. Ils impressionnent, aboient, mais vont moins volontiers « au contact ».
Propos recueillis auprès de Sébastien Olaïzola-Guirriec
Dressage « au mordant »
« Le dressage des chiens au mordant n'est autorisé
que dans le cadre des activités de sélection canine encadrées par une association agréée par le ministre de l'agriculture et des activités de surveillance, de gardiennage et de transport de fonds.
« Seuls les dresseurs détenant un certificat de capacité peuvent exercer l'activité de dressage des chiens au mordant et acquérir des objets et des matériels destinés à ce dressage.
Il en est de même pour les responsables des activités
de sélection canine mentionnées à l'alinéa précédent.
Le certificat de capacité est délivré par l'autorité administrative aux candidats justifiant d'une aptitude professionnelle ». (Art. 211-6. - I.)
(Source : loi numéro 99-5 du 6 janvier 1999 relative aux animaux dangereux et errants et à la protection des animaux )
A lire pour en savoir plus :
Konrad Lorenz, Les fondements de l’éthologie, Flammarion, 1984
Nicolaas Tinbergen, L’étude de l’instinct, Payot, 1971
Claude Béata, La psychologie du chien, Odile Jacob, 2004
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